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#05 Chronique houblonnée • Père Jakob

#05 Chronique houblonnée • Père Jakob

Fondée par Stefan Jakob et Fabien Claret à Soral et délocalisée il y a une année sur le chemin des Effeuilles dans un nouveau hangar agricole, la brasserie Père Jakob vous propose des bières faites avec amour, non filtrées, sans additif, avec des ingrédients locaux. Une brasserie à l’ambiance amicale, où vous pouvez faire un tour guidé, parler avec les brasseurs, mais aussi goûter à leurs différentes bières, blondes, blanches, rousses ou noires. Il y en a pour tous les goûts, en échange d’un petit peu de votre générosité, tous les vendredis de 15h à 20h et le samedi de 9h à midi. Mais Fabien Claret vous présentera bien mieux sa brasserie alors je lui laisse la parole.


Pour commencer, comment est-ce que tu te présenterais ?

Alors je m’appelle Fabien Claret et je commencerai par dire que j’ai un intérêt tout particulier pour savoir comment les choses sont faites, de manière générale dans tout ce qui concerne l’alimentation. J’aime essayer de voir les liens, par exemple avec le saucisson, je ne vois pas le lien entre la viande et le saucisson, donc je me devais de découvrir ce lien, en faisant des recherches, etc…

J’ai fait des études, et j’ai rencontré par la suite mon collègue qui lui est brasseur, même s’il a eu plusieurs professions, il est d’abord laborantin en chimie, et il a travaillé par la suite dans l’œnologie. Il avait les compétences tandis que pour ma part j’avais la curiosité et surtout l’espace, j’ai une maison avec une cave dans le village de Soral dans laquelle on faisait du vin avant, donc c’était plus ou moins adapté pour faire de la bière.

 

Quelle a été la genèse de Père Jakob et pourquoi l’avoir appelé comme ça ?

C’est vraiment la rencontre entre nos deux personnes. Mon collègue s’appelle Stefan Jakob, c’est un peu un clin d’œil, car c’était son projet à la base, et nous avions envie, les deux, d’avoir quelque chose de personnel dans le nom. On aime bien accueillir les personnes, on dit bonjour à tous les clients, on fait aussi beaucoup de ventes directes, donc Père Jakob en référence à Stefan, mais aussi au côté chaleureux de la brasserie.

 

À quel moment avez-vous décidé de faire de la bière professionnellement ?

Alors on avait bien dans l’idée ou en tout cas le souhait de le faire, mais on ne pensait pas que cela allait marcher, donc on a fait ça gentiment, sans faire de publicité. Vu qu’on ne s’est pas mis de pression, on l’a vraiment fait en suivant une sorte d’idéal, c’est pour cela, entre autres, que l’on s’est dit que la meilleure manière de boire une bière c’est du litre et c’est de la partager, comme ça on peut la faire moins chère. On est parti sur deux, trois principes, avec aussi les consignes sur les bouteilles, qui vont à contre-courant du marché, mais qui nous paraissaient être les plus justes. Voilà comment ça a commencé, mais je pourrai en parler pendant des heures (ahahah).


Quand est-ce que vous avez commencé ?

En 2009, on vient de se rendre compte que ça fait 10 ans et 1 mois et demi. J’ai lâché mon boulot en 2010 et mon collègue en 2011.

 

Quelle est la philosophie de Père Jakob et de quelle manière se retranscrit-elle dans les bières ?

Notre objectif en faisant une brasserie, c’est de suivre la même logique que peut avoir un vigneron. On ne veut pas faire un principe commercial, on ne veut pas faire une marque, l’idée c’est plutôt de se rapprocher de l’agriculture et de faire une bière simple, mais bien faite, on présente donc nos bières comme des bières de soif. On veut que les gens boivent une bière qui donne envie d’en boire une deuxième, donc avec plutôt 4.5-5% d’alcool avec de la saveur, pas filtrée et donc fraîche, avec une amertume un peu plus prononcée de ce dont on a l’habitude de boire.

Qu’est-ce que vous faites comme types de bières ?

Toujours dans cette forme d’idéal, on s’est dit qu’on n’allait pas toujours produire la même bière, on a envie d’avoir un métier créatif, c’est ce qui permet à la tête et à l’esprit de rester sain. Par exemple en ce moment on fait de la rousse forte, quelque chose que l’on n’avait jamais fait, on varie aussi les malts et les houblons comme sur l’ambrée, la semaine prochaine on pourra très bien brasser une autre ambrée en utilisant un autre houblon. C’est une flexibilité qui est vraiment très importante pour nous, le jour où dans le coin il y a un houblon qui nous correspond mieux, on le prendra, on ne sera pas lié à une recette ou à un goût et on n’habitue pas nos consommateurs à un goût spécifique.

 

Pourquoi est-ce que les gens devraient boire de la Père Jakob ?

Ce que l’on veut faire c’est une identité et avoir des valeurs, il faut donc qu’ils se reconnaissent là-dedans. Notre personnalité c’est ce lien agricole, toutes les bières que l’on fait depuis trois ans, sont faites avec de l’orge cultivée à Genève, maltée à Genève. Niveau qualitatif c’est aussi très bon, il faut savoir que 80% des céréales en Suisse sont cultivées sur un mode qui n’utilise pas de pesticides, de fongicides ou d’insecticides, c’est équivalent, selon nos informations, à du Bio français. Nous faisons des bières simples, sans mensonges ni cachotteries, authentiques en somme.


Depuis quelques années, il y a un essor des microbrasseries, des brasseries artisanales, etc… Pourquoi les gens devraient boire de la bière artisanale ?

Je pense, comme tous les autres consommateurs, qu’il y a une énorme lassitude. Les grandes brasseries, il y a quelques années, se fichaient un petit peu des petits brasseurs, un discours qui était par exemple fait directement dans les restaurants pour qu’ils ne les lâchent pas et qu’ils continuent à prendre leurs bières. Il y avait donc une forme de méfiance par rapport aux petites brasseries et puis 5 ans après je m’amuse beaucoup avec ça parce qu’ils ont pris tous les codes des microbrasseries, sur les bouteilles on voit maintenant la recette, l’amertume, quels houblons ils utilisent, des choses que font les microbrasseries depuis le début.

Pourquoi boire de la bière artisanale ? Et bien pour une recherche de goûts, de saveurs, et j’espère que les consommateurs sont heureux de donner leur argent pour un projet où ils savent à quoi il va servir. J’espère donc que la critique va plus loin que le goût, mais aussi sur le modèle.

 

Est-ce qu’il y a des projets futurs pour Père Jakob ?

On a fait ce qu’on voulait faire, l’idée que l’on avait. On est maintenant viable, en atteignant une forme d’équilibre, cela nous ferait plaisir de monter dans les 200'000 L par année dans les 10 ans qui viennent, mais il n’y aura pas plus. L’objectif, c’est de continuer à travailler au mieux, il n’a pas de choses que l’on pourrait faire que l’on ne fait pas déjà.

Mais il y a deux autres projets qui sont en cours. On a enlevé le gaz l’année passée pour passer à une installation électrique, on consomme SIG Vert, et on passera dès que possible, dans quelques années, directement à l’énergie produite par les 1000m2 de panneaux photovoltaïques posés sur le toit du bâtiment. L’autre objectif, toujours dans ce lien avec les vignerons, on s’est associé avec deux voisins paysans et on a mis en fonction une petite malterie, donc depuis le début de l’année on arrive à une sorte d’aboutissement, faire la bière du village. On va progressivement passer du malt genevois que nous utilisons, à du malt que l’on aura fait nous-mêmes, cela renforce le lien avec le malt, mais aussi avec nos voisins paysans.

 


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Franklin Urfer